La croissance infinie est-elle possible ?

Il est important dans un débat qu'aucun tabou ne vienne empêcher la compréhension de la réalité (les différentes vérités) d'exister.

Voici écrit en noir, les arguments d'un "croissantiste", une personne qui fait en sorte que la croissance mène l'organisation de l'humanité, et un point de vue postmonétaire, en violet.

 

Trois choses :

1. Une partie des ressources sont renouvelables, donc infinies.

C'est un 1er biais. Il est vrai que le vent, le soleil, la pousse des arbres etc sont des ressources potentielles infinies, c'est à dire qui perdurent avec le temps.
Mais ce n'est pas de cet "infini" dont on parle puisque la croissance d'un PIB ce sont des quantités qui augmentent. Et ces quantités ne peuvent augmenter jusqu'à l'infini (principe d'une exponentielle /d'une courbe exponentielle).
Le vent sur terre est donc "infini" car il y en aura (probablement) toujours dans le temps, mais sa puissance (l'équivalent de la quantité) n'est pas infinie puisque même si il peut atteindre des vitesses très importantes, ces vitesses ne sont pas "infinie", elles n'iront jamais plus vite que la vitesse du son ou de la lumière.

 

2. Une partie des ressources sont en quantité finie sur la terre, mais :
- où on est-on de la limite ?

 

C'est une bonne question. Les limites des terres cultivables sont une réalité. On peut éventuellement cultiver "hors sol" des salades etc. dans un immeuble, mais pas l'équivalent d'un champ de céréales car les quantités d'énergie (lumières artificielles) et de ressources (terres, alimentations pour les plantes) sont considérables et posent d'énormes problèmes. D'autre part, les terres cultivables sainement sont de plus en plus rares car les polutions des terres cultivables sont de plus en plus nombreuses.

Les limites sont également présentes au niveau des métaux non-féreux. Exemple : le cuivre qui est essentiel pour "la transition électrique" ou simplement l'utilisation d'électricité.

Car "les mines" sont des lieux naturels de concentration de ces métaux, or les mines restent rares et limitées sur la surface de notre planète. Et "sous terre" à de très grandes profondeurs, les concentrations n'existent pas ou sont très difficiles à atteindre (50° etc.)

Il existe des "nodules metalliques" sur les fonds marins. Ces nodules sont nombreux mais là encore ils sont difficilement récupérables et ne sont pas en quantité infinie.

Le temps des "ressources faciles à atteindre" est terminé ou quasi terminé. On le voit avec le pétrole. Oui, il existe encore des champs de pétrole à la surface de la terre, mais ils s'épuisent vite. On fait des forages en mer, plus difficiles à atteindre donc demandant plus d'énergie et de ressources pour les obtenir. On extrait maintenant du pétrole de schiste bitumineux, ce qui a "repoussé" la fin du pétrole qui était annoncé dans des rapports des années 1970 avant la découverte de cette possibilité. Mais cette extraction faite avec non pas seulement du sable et de l'eau mais avec tout un tas de produits chimiques nocif, détruit irrémédiablement les ressources en eau expoitable (nappes souterraines).
Et là encore, si les quantités actuelles de ces gaz ou pétrole de schiste donne une impression d'infini, les quantités sont physiquement limitées.

Même le sable pour la construction est une ressource qui disparait.


- à quelle vitesse s’en rapproche-t-on ?

 

La croissance de PIB étant une courbe exponentielle, on s'en rapproche de plus en plus vite car l'humanité consomme de plus en plus.

 

- combien sommes nous capables de gagner en productivité dans l’emploi de ces ressources ?

Oui, il est possible de gagner en productivité (consommer moins) dans certains domaines, mais faire des circuits/composants électroniques qui sont de l'échelle du "nano" reste d'une part inaccessible physiquement (même si on est arrivé à construire des "outils" de cette échelle, la complexité et la dangerosité (exemple : la barrière de la peau n'existe plus) à cette échelle rendent cette voie illusoire),

et d'autre part, un repas ne pourra jamais être à l'échelle du nano. Certains quantités sont minimales (exemple, on peut éviter de gaspiller de l'eau pour faire pousser de la nourriture, mais il y a des minimums sans lesquels les plantes meurent). Ce sont "les planchers" impossibles à dépasser.

A final, la croissance infinie par la "productivité* infinie" est un illogisme.
(*la productivité est parfois aussi confondue avec l'innovation infinie).

 

- combien sommes nous capables d’en recycler.

Le recyclage nécessite énormément d'énergie et là encore, le faire à "échelle constante" est possible (même s'il y a en réalité toujours des pertes donc le "100% recyclé" est impossible), mais le recyclage ne peut en aucun cas permettre une augmentation exponentielle tout simplement parce que le recyclage produit avec ce qu'il y a de déjà produit. Sans ajouts, il ne peut répondre à l'impératif de croissance de PIB.

 

Bref, ces ressources finies ne sont elles pas infinies à notre échelle ?
J’ai un scoop pour toi : même la durée de vie du soleil est finie pourtant aucun humain n’en verra la fin.

Toujours ce même biais entre le temps et les quantités.
Ce soleil nous parait infini car il est vrai que statistiquement le soleil a toute les chances d'être encore présent après l'existence de l'humanité, mais la terre ne recevra pas une quantité d'énergie exponentielle (en tous cas pas sans cramer l'atmosphère qui maintient l'existence du vivant sur notre planète) et ce n'est donc pas avec le soleil non plus qu'on atteindra l'infini qu'engendre "la croissance de PIB".

 

3. Connaît-on toutes les ressources ? De même que l’âge de pierre ne s’est pas arrêté faute de pierre,

il est logique qu'une période historique s'arrête par un stade supérieur (ou inférieur losrqu'une civilisation s'effondre faute d'avoir résolu ses problèmes) de connaissances, mais ce nouveau biais n'a rien à voir avec la question "une société humaine basée sur la croissance infinie des quantités d'énergies et de matières consommées est-elle possible ?"

Les exemples de disparition de civilisation faute de ressources alimentaires et en eau disponible sont nombreux (Maya, civilisations en Irak, etc.).
Evidemment une fin de ressources en eau n'a d'apparence rien à voir avec "la croissance de PIB" mais lorsqu'on regarde de plus près, ces civilisations disparaissent lorsqu'elles ne peuvent plus supporter leur propre poids de consommations.
La croissance n'est donc plus possible ni même la stagnation.

Les mêmes causes produiront toujours les mêmes effets.

 

certaines ressources autrefois indispensables ne le sont plus (exemple le guano)

Le guano est un bon exemple de ce que produit "la croissance de PIB" : une extermination des ressources naturelles (et pourtant renouvelables tant qu'il y a des oiseaux qui les produisent), engendrant la fin de cette ressource (sa finitude). Et remplacer le guano par d'autres fertilisants (ceux issus de la consommation de pétrole) est un modèle d'agriculture qui ne fait que repousser le moment de "fin de ressources" (pétroles et gaz ne se régénèrent pas).

 

et d’autres autrefois inexploitées le deviennent (exemple : l’uranium appauvri qui nous donnera 5000 ans d’autonomie énergétique avec la GenIV)

mais une énergie très dangereuse et mortelle en cas de cataclisme, cataclismes que l'humain ne sait maîtriser.

 

J’ajoute une remarque supplémentaire, la croissance infinie est aussi une vue de l’esprit, la durée de vie de l’humanité étant elle aussi finie.

Ce n'est pas là un "ajout" mais bien "tourner en rond dans la confusion entre le temps et les quantités".
Mais "oui", l'humanité et l'humain ont un existence limiée dans le temps. De là à s'en servir de prétexte pour tout massacrer et tout empoisonner parce que notre système économique est basé sur la monnaie (c'est l'usage de monnaie qui oblige à la croissance des PIB, des productions), il y a une marche à ne pas franchir et qui s'appelle l'éthique, la décence.

On devrait parler de croissance continue et indéfinie.

On devrait tous comprendre les maths et ce qu'est une courbe exponentielle.

Bref : une croissance apparemment infinie est possible dans un monde apparemment fini. ou si tu préfères Une croissance continue et indéfinie est possible dans un monde dont les ressources sont infinies pour le génie humain.

Traduire "le génie humain" : l'humain qui se prend pour un dieu et qui croit que l'exemple de la "fin du guano" n'est pas un bon exemple de la finitude des ressources,

et qui confond quantités et temps.

 

L'humain qui se prend pour un dieu est bien plus souvent qu'on ne le pense, présent dans certaines analyses de "croissantistes". Ainsi, beaucoup rêvent de "l'humain augmenté" parce qu'ils sont terrifiés à l'idée de "la finitude" de leur vie (terrifiés par leur mort), une peur parfaitement compréhensible, mais une solution "d'infini" totalement hors sol, hors réalité.

Si cette "solution" ne concernait qu'eux, ma fois qu'ils assument leurs illusions, mais en orientant toute la société humaine vers son extermination par la croissance de PIB, là ça pose un gros problème car ils n'ont absolument pas demandé l'avis des autres, l'avis des être vivants qu'ils détruisent chaque jour.

 

 

La croissance d'un PIB ne peut en aucun cas être infinie car elle ne peut en aucun cas être découplée totalement des consommations de ressources et d'énergie.
C'est mathématique, physique et non politique.

 

 


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